Les jeunes qui parviennent à sortir d’une secte peuvent rencontrer d’énormes difficultés à comprendre le monde
Voilà trente-cinq ans que Sonya Jougla, psychologue, s’occupe des victimes de sectes. Parmi eux, il y a un nombre non négligeable d’enfants chez qui le fait d’avoir grandi dans une secte provoque de véritables traumatismes. « Comme d’autres enfants, ceux-là sont souvent victimes de maltraitances, d’abus en tout genre, explique la thérapeute.
Mais ils présentent, en outre, des caractéristiques spécifiques. » Celle, tout d’abord, d’être élevés par des adultes qui, étant eux-mêmes manipulés, n’ont aucune conscience des besoins d’un enfant. Certaines sectes obligent les enfants à rester immobiles pendant des heures, à se plier à toute une série de rituels, les privent de loisirs ou les empêchent de jouer librement. « Il y a ainsi une organisation qui défend aux petits d’utiliser les crayons marron et noirs parce que ce sont de vilaines couleurs, les couleurs du diable », note Sonya Jougla.
Ces formes de violences sont parmi les plus graves, car elles nuisent à la construction normale du psychisme. Ce n’est pas un hasard si les enfants restés longtemps dans une secte apparaissent formatés, normalisés. « Ils ont été modelés conformément aux exigences du gourou », poursuit
Pas étonnant, dans ces conditions, que les jeunes qui parviennent à sortir d’une secte après y avoir passé une grande partie de leur enfance souffrent d’une difficulté durable à comprendre le monde, voire d’inadaptation sociale. À 31 ans, Adrienne indique ainsi qu’elle « n’arrive pas à avoir des rapports normaux avec les gens » : « Je suis incapable de jouer le jeu des rapports sociaux, je ne les comprends même pas. »
D’autres, élevés dans l’idée qu’ils ont été choisis pour une grande mission, qu’ils sont des « élus », ne peuvent supporter le choc des retrouvailles avec une société qui les traite comme le commun des mortels. « C’est très dur de n’être plus rien, rien qu’un humain ordinaire »,
commente
« Les enfants se trouvent imprégnés par le monde virtuel du gourou, qui prend le pas sur la réalité. »
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