mercredi 3 janvier 2007

AP, 5 novembre 2006 Lucien Engelmayer et Jean-Paul Séguéla jugés à partir de lundi dans l'affaire du "Patriarche" en Haute-Garonne

Dix-sept personnes sont jugées à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) pour "abus de faiblesse", "abus de confiance", "recel", "blanchiment d'argent" et "abus de biens sociaux" dans l'affaire du "Patriarche", a-t-on appris de sources judiciaires.

Le principal accusé, absent du procès, sera jugé par défaut. Lucien Engelmajer, dit le Patriarche, fondateur de l'association "Le Patriarche" classée comme secte, est en fuite en Amérique centrale.

Parmi les accusés, figurent huit membres de la famille du Patriarche, ainsi que Jean-Paul Séguéla, ancien député RPR de Haute-Garonne et conseiller de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur pour les questions de toxicomanie jusqu'en 1995.

"L'association le Patriarche possédait de nombreux biens immobiliers en France et dans le monde", confiait à l'Associated Press Paul Michel, procureur de la République de Toulouse. "La somme d'argent détournée est colossale", a-t-il ajouté, sans toutefois préciser le montant. Quant à la partie civile, "elle se compose essentiellement d'anciens adeptes qui réclament des indemnités".

Lucien Engelmajer a fondé l'association "Le Patriarche" en 1972, après l'ouverture d'un premier centre d'accueil de toxicomanes à la Boère (Haute-Garonne), fondé sur le sevrage absolu, par la rupture avec le monde extérieur et la prise en charge par d'anciens toxicomanes. L'association est financée par des fonds publics jusqu'en 1996.

A cette date, un rapport parlementaire épingle l'association et ses "dérives sectaires". Françoise de Veyrinas, responsable de la MILDT, Mission Interministérielle De Lutte contre la Toxicomanie, coupe toute subvention à cette association en raison de son opacité financière.

Le Patriarche essaime ensuite dans 17 pays sous l'appellation d'"Organisation internationale Lucien Joseph Engelmajer", accueillant dans ses 250 centres quelque 100.000 personnes. En février 1998, "Le Patriarche" est écarté par un "putsch" interne. Il se réfugie au Bélize où il vit toujours à 86 ans. L'association, rebaptisée, s'appelle aujourd'hui Dianova.

En décembre 1998, six pensionnaires ou enfants de toxicomanes dénoncent les conditions dans lesquelles elles vivaient et travaillaient dans ces centres et les abus dont elles ont été victimes de la part du Patriarche. Les pensionnaires portent plainte contre X.

Après 10 mois d'auditions, le parquet de Toulouse ouvre en septembre 1999 une double information judiciaire contre Lucien Engelmajer et la juge d'instruction toulousaine Nicole Bergougnan délivre deux mandats d'arrêts internationaux le visant: en novembre 2000 pour "abus de biens sociaux et emploi de travailleurs clandestins" et en janvier 2001 pour "viols et tentatives de viol sur mineurs de moins de 15 ans".

Le procès qui s'ouvre lundi ne concerne que le volet financier de l'affaire. Jean-Paul Séguéla a été mis en examen et écroué le 22 mai 2001 pour "recel d'abus de confiance et blanchiment aggravé". De décembre 1997 à août 1998, il était secrétaire général au bureau exécutif de l'Organisation internationale Lucien Joseph Engelmaje (OILJE) dont le siège est à Lausanne. Il est soupçonné d'avoir bénéficié d'environ un million d'euros, sous forme de prêts jamais remboursés.

Le procès devrait se terminer le 17 novembre. AP

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